25 novembre 2007
Il n'est jamais trop tard... pour faire un blog!
Aujourd'hui, je me sens d'humeur partageuse! Alors, si vous êtes tentés par un petit voyage en images et en émotions...
Et évidemment on commence par le Japon. Dire que j'ai été touché par ce pays est un euphémisme, parlons plutôt d'un grand choc culturel, comme si ce voyage dans l'inconnu m'avait permis de trouver une terre d'accueil, un endroit avec ses codes et ses rituels qui me parleraient instantanément, où je serais perdu sans jamais l'être... En tant que touriste, on a souvent une vision déformée de la réalité d'un pays; mais ici à Kyoto, ce sont les endroits déserts, les temples éloignés et les jardins écartés des circuits touristiques qui m'ont le plus marqué. Ils semblent me parler d'un pays immuable qui existerait depuis toujours, un peu comme en France dans un village perché en Provence à l'heure de la sieste. La seule différence est qu'au Japon, il est culturellement obligatoire de préserver ces endroits, à la fois de l'usure du temps par un entretien rigoureux, mais aussi de la modernisation en laissant les lieux dans leur état exact d'origine.
C'est précisément ce qui fait le charme incroyable du Japon : pouvoir observer partout les traditions les plus ancestrales dans un pays à la pointe de la consommation du XXIème siècle.
Impressions de Kyoto (1) : les cerisiers
La première image qui m'a frappé en arrivant à Kyoto et dont je me souviendrai toute ma vie, ce sont les cerisiers en fleurs. Non pas quelques cerisiers dans des jardins, mais une multitude de cerisiers le long des cours d'eau, des voies ferrées, des chemins... Nous avions choisi cette période du printemps en raison des vacances scolaires, et nous voici par hasard arrivés en pleine floraison! Je sais maintenant avec du recul que la nature au Japon est belle en toute saison : les couleurs des fleurs et des azalées l'été, les roux et les rouges des arbres de l'automne, la neige et le noir de l'hiver... mais là, tous ces roses et ces blancs, avec en plus une pluie fine et discontinue de pétales qui tapissent le sol ou les canaux, c'était carrément féerique. Avec la fatigue du décalage horaire, on se sentait comme projetés directement dans un film de Miyazaki!!

Nous étions installés au Nord-est de Kyoto, au pied du Chemin de la Philosophie (appelé ainsi car les moines des temples environnants venaient y méditer depuis des siècles), et à peine débarqués ce dimanche 8 avril de l'avion, nous voici environnés d'une foule de promeneurs japonais venus célébrer en famille le Hana matsuri ("la Fête des Fleurs") pour l'anniversaire de la naissance du Bouddha. Ils se promènent en famille sous les arbres ou vont pique-niquer dans les parcs publics (sur d'horribles nappes en plastique, dans ce cas, la propreté passe avant le bon goût!) pour "voir les fleurs" (l'Ohanami). Notre première approche du Japon fut donc plutôt "peuplée" et conforme à l'image qu'on pouvait en avoir, mais particulièrement sereine car de cette foule n'émanait aucun brouhaha discordant et plutôt une sensation de tranquillité, comme cela se vérifiera pendant tout le voyage, même dans le métro de Tokyo...
Impressions de Kyoto (2) : le tofu
Il faut dire qu'on a fait très fort et très vite : quelques heures après notre arrivée, nous nous attablons à une terrasse en plein milieu du temple de Nanzen ji. Il s'avère que c'est un des restaurant de tofu tenu par les moines et tous les petits plats colorés de la table d'à côté nous mettent l'eau à bouche... Nous, fans de sushis et de sashimis, qui ne connaissions du tofu que les petits carrés blancs au fond des bols de soupe, sommes prêts à vivre une expérience culinaire inoubliable... Elle le fut effectivement... Tout d'abord on nous apporte deux plats en terre remplis d'eau bouillante et de gros morceaux de tofu, posés sur des réchauds en terre également, puis des plats de légumes, d'algues, de sauces, de riz, de pâte... Les enfants se précipitent sur tout et commencent à faire une drôle de tête; on se moque de leurs grimaces et on attaque à notre tour... Bizarre, ça n'a pas de goût au début; bon, c'est normal, le tofu il faut l'assaisonner, alors on rajoute des sauces et des algues (même celles qui ressemblent à des vers de terre...); et là effectivement, ça a du goût, mais totalement inconnu : un mélange d'amer, de fade, de verdure. Les papilles cherchent des références, un peu de salé, un peu de sucré, quelque chose auquel s'accrocher, mais dur dur... C'est au tour des enfants de se moquer de nous et pour ne pas perdre la face, on avale tout...avec le sourire. Mais bon, si la suite est du même acabit, on se dit qu'il va falloir faire une révision totale de ce qu'on connaissait sur la cuisine japonaise...
26 novembre 2007
Impressions de Kyoto (3) : le Temple Tofuku ji
Kyoto est une ville qui se prête bien aux vélos, et si on parvient à contourner les grands axes routiers, toutes les petites ruelles et les berges de la rivière Kamo sont vraiment faites pour les deux-roues. Et donc, après être montés sur la colline du temple Kyomizu (superbe, mais où tous les touristes de la ville semblaient s'être donnés rendez-vous), on est descendu au hasard des rues à la recherche d'un endroit tranquille pour pique-niquer. Nous déposons les vélos sur les marches d'une maison, juste en face de l'entrée d'un temple. Aucune inscription ne nous permet de l'identifier et il semblait en plus totalement désert; deux très vieilles dames nous donnent nos tickets d'entrée et nous rentrons dans le premier temple sur notre gauche : un parc très vert, un pont suspendu dans la nature...
Et plus loin sur les hauteurs, un grand jardin zen où s'affairent deux jeunes moines. Nous observons longtemps le ballet méticuleux et répétitif des hommes et des râteaux dans un silence total où résonne seulement le bruit des ustensiles et des cailloux; à présent je sais que c'est à ce moment précis que j'ai eu LA révélation du Japon... Un coup de coeur rare, la sensation d'être loin de tout et apaisé...

01 décembre 2007
Impressions de Kyoto (4) : à quoi ressemble la ville?
Plus de 2000 temples bouddhistes et sanctuaires shintoïstes à Kyoto... Avec cette information en poche avant de partir, j'étais persuadé trouver une "ville musée" avec un temple tous les 10 mètres. Pas du tout. La ville est grande, comparable peut-être à la ville de Lyon, son plan est proche d'une ville américaine avec ses rues et ses avenues qui la quadrillent du nord au sud et d'est en ouest. Mais l'atmosphère y est très diverse selon les quartiers. La plupart des temples sont à la périphérie, dans de petites rues au milieu des habitations particulières ou sur de grandes avenues calmes; mis à part les plus grand sites touristiques, la plupart des plus petits temples sont difficiles à trouver quand on ne lit pas le japonais, car souvent rien ne distingue véritablement leur entrée d'une habitation traditionnelle...
Le centre ville est radicalement différent, avec les grandes artères commerçantes qui traversent la rivière Kamo de part et d'autre, et où l'on trouve l'entrée de longues galeries marchandes qui se relient entre elles sur des centaines de mètres : petits restaurants, boutiques traditionnelles, marchés alimentaires mais aussi boutiques de fringues, arcades de jeux style machines à sous... On y a vu beaucoup de monde en fin d'après-midi, surtout des jeunes dans une atmosphère plutôt bon enfant. Globalement, il se dégage à Kyoto une atmosphère sereine, sans stress. Et pour une fois, peu de présence commerciale américaine : un seul Starbuck à l'horizon et pas de Mac Do (ou alors je ne me souviens pas!). Par rapport à la mondialisation galopante, il semblerait que Kyoto se préserve; en tout cas, tout y est extrêmement japonais et dépaysant.
Devanture d'un restaurant "fast food" dans la galerie Teramachi :
Plus bas entre la rivière et le canal Takasegawa bordé de cerisiers, c'est le quartier Pontocho : de longues ruelles étroites avec un restaurant à chaque pas de porte. Nous sommes entrés au hasard dans un petit bar de sushis, sans carte en anglais; on montre au cuisinier derrière le comptoir ce qui nous parait appétissant et il nous sert des sushis de poissons et de fruits de mer : on en salivait d'avance, mais en fin de compte, ce sont beaucoup de sensations caoutchouteuses et de saveurs fades par rapport à ce qu'on connait des sushis en Europe! On saura à présent que les restaurants japonais en Occident s'adaptent à nos palais en manque de salé et de sucré... Et on aura encore besoin d'un peu de temps pour s'habituer à la vraie cuisine japonaise...
03 décembre 2007
Impressions de Kyoto (5) : les petits détails
Ce sont les détails qui font souvent les grandes différences... Et au Japon, il n'en manque pas...
A Kyoto par exemple, les affiches électorales ne sont-elles pas plus fun et design que les notres?
Dans les stations service, les pompes pendent du plafond (faut-il avoir une vue très perçante pour lire le prix dessus?)
Et faute de place, les voitures dorment les unes sur les autres dans les parkings d'immeubles (attention à la marche!)
Un camion comme on aimerait en voir plus souvent sur le Périphérique...
Et une devanture de pâtisserie pour le plaisir des yeux avant tout...
Eh oui, au Japon, les détails sont souvent colorés, très colorés...
07 janvier 2008
Impressions de Tokyo (1) : le carrefour de Shibuya
Première impression en arrivant à Tokyo : le calme de la foule.
Pourtant, le soir de notre arrivée, à ce carrefour gigantesque face à la gare de Shibuya, des milliers de personnes se serrent sur les trottoirs dans l'attente de traverser. Mais pas de bousculades, pas même un frôlement, chacun semble à sa place. Quand tous les feux passent au rouge, la masse compacte des piétons rassemblés autour du carrefour se met à traverser en même temps dans tous les sens, selon les diagonales multiples des passages piétons, comme si tout était chorégraphié. C'est une sensation à la fois impressionnante et légère à fois... Pas de cris, de klaxons, juste le gigantesque murmure de la foule en mouvement, même pas le bruit des voitures qui de toute façon se sont arrêtées.
Et on ne peut s'empêcher de penser, en bons français que nous sommes, qu'il y a quand même un côté mouton à suivre si docilement les indications sans faire de vague... Et puis on comprend finalement comment autant de gens ont pu vivre et prospérer depuis des années sur un pays d'une aussi petite surface...
14 janvier 2008
impressions de Tokyo (2) : la politesse extrême
Anecdote l'un des premiers soirs : nous avions un peu de mal à trouver par nous-même des restaurants sympas, et nous en avions repéré un dans la journée, assez grand mais cosy au fond d'un petit jardin, derrière Omotesando dori, les Champs Elysées de Tokyo. On s'y rend donc tranquillement le soir, pensant certainement trouver le restaurant bondé et complet; Catherine demande en anglais s'il est possible de manger, et on lui répond "nine thirty". Comme il était 21H25, on se dit qu'on a beaucoup de chance et on attend 5 minutes sur le trottoir, observant tous les gens qui en sortaient. Puis on se dirige tous d'un pas ferme dans la salle, accueillis par le personnel courbé comme il se doit, mais l'air de plus en plus agité au fur et à mesure qu'on avançait... Sûrs de notre fait, nous arrivons dans le restaurant presque vide et nous installons à une table dans une petite salle qui donnait sur le jardin. Les serveurs passent et repassent de plus en plus inquiets. Comme les cartes étaient en japonais et en anglais, nous appelons une serveuse pour des explications. Et, à chacune de nos questions sur un plat, elle nous répondait "no more"; on lui demande donc à la fin ce qu'il restait à manger sur la carte, elle s'éclipse et revient avec le cuisinier qui se trouve être un grand gaillard néo-zélandais. Et celui-ci nous explique tout simplement que le restaurant fermant à "nine thirty", les cuisines étaient fermées elles aussi, ils ne servaient donc plus à manger... mais ils n'avaient pas osé nous mettre dehors devant notre air décidé, d'où le vent de panique qui soufflait dans le restaurant autour de nous!
Au bout de 5 minutes d'échanges, de questions, de rires, le cuistot sympa nous a tout de même concocté 5 plats de viande simples, mais délicieux (qui entre parenthèse nous ont coûté une petite fortune, genre un Ipod!!) que nous avons mangé pratiquement dans la pénombre, avec tout le reste du restaurant dans le noir total et tout le personnel qui attendait dans l'entrée pour partir; politesse extrême des japonais, soit, mais gagnants à la fin sur l'addition!!!
15 janvier 2008
Impressions de Tokyo (3) : les boutiques vintage
Tokyo est assurément le royaume du shopping. Chaque quartier est une ville à part entière avec ses grands magasins, ses boutiques de luxe, ses petites échoppes, ses galeries étroites sur plusieurs niveaux. Et ce qui frappe de prime abord, ce n'est pas tant la multitude de magasins, mais plutôt la foule qui s'y presse à toute heure de la journée... nous n'avons jamais vu un magasin vide, même au dernier étage d'une galerie perdue au fond d'une impasse en pleine journée, et en 2007, la crise économique paraît bien loin pour ces jeunes tokyoïtes teints en roux, en blond ou en auburn, accrocs à la consommation et aux fringues branchées. Malheureusement, bon nombre de nouveaux magasins sont des chaînes américaines, des grandes marques internationales ou des ersatz comme partout ailleurs. Il reste cependant dans le quartier d'Harajuku des boutiques de rêve qui sont les magasins "vintage" années 60 et 70. Les japonais étaient fous de cette période il y a quelques années encore, et une foultitude de magasins rétro avaient éclos dans les années 90. La mode semble révolue, mais il reste quelques boutiques qui proposent un stock incroyable de vêtements, d'objets, de revues de cette époque, la plupart originaux, tous provenant d'Angleterre, des États-Unis ou de France. Alors évidemment, ce n'est pas très local comme découverte, mais quel bonheur de voir ce qu'on ne trouve plus ici que dans quelques brocantes : des salopettes patte d'eph, des pyjamas Superman, des sacs en paillette, des porte-monnaie Elvis Presley, des cravates Smiley, tout un tas de badges, de figurines, de gadgets, toute la mémoire de la consommation occidentale d'il y a 30 ans... le tout dans de petites boutiques fouillis sur plusieurs étages diffusant des chansons yéyé chantées en japonais... Il est pratiquement impossible de prendre des photos à l'intérieur d'un magasin (la peur d'être copiés?) sauf en se cachant dans un des rares rayons vides :
Nous avons trouvé aussi au hasard des balades : un magasin sur deux étages entièrement dédié à Elvis Presley, une boutique de disques vinyles sur 7 étages (avec un escalier en colimaçon!), un magasin gigantesque de fringues à plumes et à paillettes...
19 janvier 2008
Impressions de Tokyo (4) : le Parc Yoyogi
Selon nos amis de Tokyo, une des attractions préférées des tokyoïstes et des touristes le dimanche après-midi était la balade au Parc Yoyogi, principalement pour assister au défilé des ados déguisés. Je m'attendais donc à une ambiance Manga colorée et délirante, à quelque chose de festif et de drôle... En fait, il s'agit plutôt de l'exhibition de quelques Ovnis plantés devant le Parc attendant patiemment de se faire prendre en photos; et en guise de mangas, il fallait plutôt chercher vers Freaks!
Allez, disons que je suis venu un peu tard dans la journée et que les top models étaient un peu défraîchis... En revanche, après être rentrés dans le Parc, nous sommes tombés sur un groupe plus fun, des japonais bananés, gominés, bardés de cuir, qui vivent apparemment dans un monde qui s'est arrêté aux années 50 et qui dansent toute le journée le rock et le twist au son d'Elvis Presley; des bad boys qui se font aussi prendre en photo si on leur demande, puisque l'exhibition semble être l'occupation préférée ici...

26 février 2008
Impressions du Costa Rica (1) : le volcan Irazu
A peine débarqués de France à San José (la capitale), avec la bonne surprise de continuer le voyage dans un petit groupe de 5 seulement, nous voici directement au sommet d'un des nombreux volcans du pays : le volcan Irazu. A 3300 mètres, après avoir perdu une vingtaine de degrés, on a pu voir d'un côté la mer des Antilles, et de l'autre l'océan Pacifique, avec l'impression d'être sur une île... Ce volcan est connu principalement pour être entré en éruption en 1963 au moment ou John Kennedy était en visite au Costa Rica. Mais pour nous le choc est surtout visuel.
En effet, l'un des deux cratères abrite un lac d'une couleur vert jade, pratiquement fluo mais naturelle (due aux fortes émanations de soufre) qui est totalement hypnotisant...
27 février 2008
Impressions du Costa Rica (2) : les fourmis protectrices ou dévoreuses
Le Costa Rica et la nature sont intimement liés, dans un pays qui donne la priorité à la protection de l'environnement après des années de déforestation. Et les surprises sont nombreuses pour nous citadins ignares... Comme par exemple l'observation du travail de titan des fourmis. En forêt, certaines espèces (les "fourmis coupe-feuille") s'attaquent au feuillage d'arbres gigantesques et le "déshabillent" totalement, même s'il est très loin de la fourmilière, pour alimenter leurs cultures de champignons en sous-sol; et c'est ainsi que l'on croise des colonnes entières porteuses de feuilles sur des centaines de mètres...
Et d'autres espèces sont au contraire les protectrices de certains arbustes : ceux-ci disposent à l'intérieur de leurs branches sans feuilles de canaux dans lesquels les fourmis se sont installées. Et si un animal extérieur vient à approcher et à toucher l'arbre (on a fait l'expérience), des centaines de fourmis sortent tout à coup prêtes à balancer leur acide formique sur l'opportun, et éventuellement assurer les apports en protéines de la colonie...
Impressions du Costa Rica (3) : le palmier qui marche
La nature est tellement dense dans la forêt tropicale que certaines espèces d'arbres (le "Walking Palm") ont trouvé le moyen de créer de nouvelles racines extérieures, qui viennent se planter plus loin que les autres et permettent ainsi à l'arbre de se déplacer petit à petit afin de trouver un emplacement où peut-être le soleil sera un peu plus présent...
Dans le même ordre d'idée, certains arbustes développent des feuilles à trous afin de laisser pénétrer la lumière pour celles du dessous...
Impressions du Costa Rica (4) : le boa surprise
La preuve que même dans un lodge, on reste invité de la nature et non le contraire, dans l'arbre face à notre chambre, nous avons eu la surprise de trouver ce beau spécimen tranquillement installé. Et quand nous sommes revenus une heure plus tard, il n'y était plus... Et cela n'a pas empêché Alicia de bien dormir alors qu'elle redoutait par dessus tout ce genre de rencontre! Etre confronté à ses peurs permet parfois de les apprivoiser...
29 février 2008
Impressions du Costa Rica (5) : Les lianes mangeuses d'arbres
Les lianes en forêt tropicale entourent souvent 2/3 arbres ensemble et se transforment petit à petit en écorce gigantesque qui étouffe les arbres, pour laisser finalement la place à un seul arbre-liane d'un diamètre équivalent aux arbres disparus, étrange phénomène de canibalisation...
02 mars 2008
Impressions du Costa Rica (6) : Tortuguero
Le Parc National de Tortuguero est une bande de terre et de marécages perdus au nord-ouest du pays, trop touristique pour certains, et pourtant c'est ici que nous avons eu nos plus belles émotions face à la nature. Quand le petit canot coupait son moteur et glissait sur l'un des nombreux canaux extraordinaires qui sillonnent la forêt, la sensation de paix et d'isolement était totale. Et les occasions nombreuses de croiser toutes sortes d'animaux : des singes hurleurs ou des atèles en bandes, passant d'arbres en
arbres au dessus de nous avec leurs bébés sur le dos, des caïmans l'oeil aux aguets, une loutre qui nous a suivis pendant un bon quart d'heure sous l'eau et sur les rochers (je n'ai réussi qu'à en photographier la queue!), des iguanes sur les branches au soleil...
Impressions du Costa Rica (7) : la ponte nocturne
Un des souvenirs les plus forts de notre voyage : la ponte nocturne d'une tortue verte géante...
Les 23 km de côte de Tortuguero sont en effet renommés pour être l'un des principaux sites de ponte des tortues vertes dans toutes les Caraïbes, et ce depuis des siècles. Une tortue marine revenant toujours pondre sur la plage où elle est née (même après avoir parcouru des milliers de kilomètres depuis sa naissance), on est toujours certain de voir des tortues revenir ici. Avec le développement de la population et du tourisme, les pauvres animaux se retrouvaient dans des situations difficiles, les unes s'empêtrant dans les installations de plage construites ça et là, les autres stressées et ne creusant pas assez profond, les oeufs étant ensuite soit dévorés par les oiseaux, soit récupérés et vendus comme aphrodisiaques...
Depuis qu'une conscience de préservation de l'espèce est apparue, non seulement le trafic d'oeufs est réprimandé, mais surtout les coopératives locales se chargent de surveiller et de préserver le littoral qui est à présent entièrement dédié aux tortues. Celles-ci étant très sensibles à la lumière, elles ne viennent pondre que de nuit, et leur observation est strictement encadrée : par petits groupes uniquement, habillés de noir avec une seule lampe à infrarouge par groupe, pas d'appareils photos et le silence total.
C'est ainsi que nous nous sommes retrouvés à 22h dans le noir, à l'affût des nouvelles des garde-côte par talkie-walkie. Soudain, une tortue est signalée, mais à l'autre bout de la plage. Nous avons donc marché en file indienne dans le noir pendant 20 bonnes minutes, au début hésitants, puis nous habituant petit à petit à l'obscurité et aux bruits nocturnes. Et là, nous apercevons dans la pénombre une tortue énorme qui finissait sa ponte. Le guide nous avait expliqué qu'elles progressent le plus loin possible sur la plage pour parvenir vers les dunes, là où le sable est plus tiède et où les oeufs seront le plus à l'abri. La progression jusque là est pénible, car les tortues marines sont gigantesques, et se meuvent très difficilement sur la terre ferme. Nous l'observons délivrer ses oeufs, dont les derniers mous et ronds comme des balles de ping pong sont des "leurres" pour tromper les éventuels prédateurs. Elle ramène ensuite le sable dessus, par un mouvement lent et latéral des 2 pattes. Nous l'observons en silence, nous approchant tour à tour au dessus d'elle. Tout cela l'a terriblement épuisé, près d'une heure de travail intense, et elle doit encore trouver le courage de se traîner sur le sable pour retrouver la mer. Nous nous éloignons pour lui laisser un grand passage, et la regardons progresser et peiner; je suis certain que nous ressentons tous la même chose, une énorme envie de l'encourager de toutes nos forces. Puis enfin, quand sa tête atteint le bord des vagues, et qu'elle se laisse petit à petit porter par l'eau, voir la tortue rejoindre les flots est une émotion incomparable...
(photo d'archives)
04 avril 2008
Impressions de Paris (1) : Patti Smith à la Fondation Cartier
Riche voyage auquel nous convie la Fondation Cartier ce printemps... Tout d'abord au rez-de-chaussée, ce sont les fines constructions entrelacées de verre et de cordages du designer Andrea Branzi, et surtout la ronde des vases qui entoure la première salle, une ode de verre à la fragilité et la subtilité des fleurs éphémères, tous plus étonnants les uns que les autres, le tout sous une bande-son de Patti Smith. J'ai trouvé deux exemples, mais il y en a des dizaines qu'il faut vraiment voir :
Et bien sûr au sous-sol, l'expo "Land 250" de Patti Smith... Un univers moins léger et brillant, mais ô combien captivant. Je ne connaissais d'elle que sa musique, je me suis immergé pendant 2 heures dans son monde sans voir passer le temps : pour les dessins d'abord, souvent torturés, parfois enfantins, toujours beaux ou étonnants. Les photos ensuite, uniquement des polaroïds noirs et blancs, beaucoup de statues de parcs, des paysages, des personnages. Et surtout ses hommages à ceux qui l'ont façonnée : son voyage à Charleville-Mézières sur les traces de Rimbaud en 1973 qui l'a marqué à vie et dont elle a gardé toutes les traces, ses évocations de Robert Mapplethorpe, l'homme de sa vie, et de Virginia Woolf. Et puis des films, des musiques, des objets...
12 mai 2008
Impressions de Paris (2) : Sophie Calle à la BNF
C'est tout d'abord le choc visuel quand on pénètre dans la grande salle Labrouste de l'ancienne bibliothèque de France (rue de Richelieu). Une carcasse somptueuse vidée de ses livres, que l'architecte/metteur en espace Daniel Buren a investi pour scénographier les photos, textes et vidéos de Sophie Calle : photos sur les murs, descriptif sur les pupitres, ordinateurs sur les tables de lecture, textes dans les tiroirs... le tout donnant une impression de richesse visuelle et de fourmillement sonore.
C'est ensuite le thème et donc l'originalité de l'expo (présentée pour la 1ère fois l'été dernier à la Biennale de Venise) qui retient l'attention : un mail de rupture reçu par l'artiste, disséqué, analysé, joué, chanté, commenté jusqu'à plus soif par 107 femmes toutes différentes choisies pour leur métier : beaucoup sont artistes mais aussi commissaire, institutrice, sexologue, diplomate, journaliste... Le but de la démarche étant, pour la femme, une thérapie et, pour l'artiste, un exercice de style où chaque témoignage est une oeuvre en soi à mettre en scène.
Mon ami Lionel y a passé 4 heures et demie, c'est le minimum si l'on veut tout voir... Je dois avouer pour ma part qu'après 1 heure et demie, l'intérêt s'est émoussé, et j'ai survolé une bonne partie des textes et des vidéos. Mais c'est précisément une installation faite pour le papillonnage, pour glaner de ci de là des impressions.
Et ce ne sont pas les témoignages des plus célèbres qui m'ont marqué (comme Jeanne Moreau, Nathalie Dessay, Arielle Dombasle, Mazarine Pingeot...), mais des découvertes plus surprenantes comme Guesch Patti, une chanteuse un peu oubliée il faut bien dire, dont la vidéo, l'interprétation et la musique sont un petit bijou d'émotion. Maud Kristen, voyante, dont l'interprétation de la lettre aux tarots dénote une grande finesse de l'approche. Et celui d'une ado inconnue dont le commentaire en SMS est "il se la pète", assez rafraichissant après tous les (parfois) longs textes d'analyse.
A voir donc, et revoir, jusqu'au 7 juin.
18 mai 2008
Impressions de Paris (3) : Expo Georges Rousse
C'est un grand choc visuel et émotionnel que nous offre la Maison Européenne de la Photographie jusqu'au 8 juin. Comme quelques nombreux néophytes, j'ai découvert là-bas un artiste français exceptionnel, à la fois photographe, peintre, metteur en espace, poète... Les photos exposées sont toutes récentes, mais on peut découvrir tout son parcours depuis 30 ans grâce à un film qui retrace son évolution.
Le principe des ces oeuvres est la création de trompe-l'oeil, géométriques pour la plupart, dans des lieux vides ou abandonnés, sans qu'il ait eu recours à aucun trucage numérique. Au premier abord, les photos paraissent de simples montages, mais après observation, le travail minutieux et titanesque de l'artiste apparaît, et la photo se dévoile sous un jour totalement nouveau. Sur la photo ci-dessous par exemple, chaque parcelle de sol, de mur, de charpente a été peinte de façon à révéler un damier coloré parfait, visible uniquement à l'endroit précis de l'oeil du photographe. Tout le reste du bâtiment a été laissé à l'état brut afin d'accentuer l'effet :
L'effet est saisissant sur la plupart des photos, et même émouvant quand George Rousse écrit "dans l'espace" les mots 'Memory" ou "Memoria" sur les murs d'une aciérie désaffectée, en hommage aux ouvriers qui y ont usé leur vie... Parler de cet artiste est difficile, il faut absolument aller se prendre au jeu et voir cette expo toutes affaires cessantes!



































